Etre un père aujourd'hui: autorité, doutes et nouvelles voies possibles


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Cet article s’adresse aux parents qui pensent, honnêtement, que sans punitions, sans claques, sans humiliations, un enfant devient ingérable.

Si je m’adresse ici plus particulièrement aux papas, c’est parce que, dans ma pratique, ce sont encore le plus souvent eux qui reconnaissent (ou pas) avoir recours aux gestes ou aux paroles violentes lorsqu’ils se sentent dépassés — et parce qu’ils ont, justement, un rôle essentiel à jouer dans le changement.

Même si certaines mères peuvent elles aussi, bien sûr, se laisser entraîner dans des réactions violentes sous l’effet de la fatigue, du stress ou de l’impuissance.

 Dans les faits, ce sont d’ailleurs le plus souvent les mères qui prennent rendez-vous, qui initient la démarche et qui se montrent volontaires pour questionner et faire évoluer les pratiques éducatives.

Élever un enfant ne devrait jamais être le combat solitaire d’un seul parent : la parentalité se co‑construit, se pense et s’ajuste à deux, car le cadre éducatif gagne en solidité, en cohérence et en sécurité lorsqu’il est porté ensemble. 

« Moi aussi j’ai pris des coups. Et je suis encore là. »

Est‑ce que ça n’a vraiment rien laissé ?

  • La colère qui surgit trop vite ?

  • Le besoin de contrôler quand ça déborde ?

  • La difficulté à parler de ce que vous ressentez ?

  • La peur d’être dépassé, ridiculisé, mis en échec par votre propre enfant ?

Ce ne sont pas des défauts. Ce sont des stratégies de survie apprises très tôt.

 

Ce que la fessée et l’humiliation enseignent vraiment

Quand vous frappez, criez ou humiliez, votre enfant n’apprend pas la leçon que vous croyez.

Ce que vous croyez / Ce que vit votre enfant

« Il va comprendre que c’est interdit. »
« Je ne suis pas en sécurité quand je me trompe. »

« Ça va lui servir de leçon. »
« Je dois éviter à tout prix de me faire repérer. »

« Il faut bien être dur pour qu’il obéisse. »
« Obéir, c’est survivre. Pas comprendre. »

« Plus tard, il me remerciera. »
« Plus tard, je ferai pareil… ou je couperai le lien. »

 

Le cerveau de votre enfant  ne se dit pas :« J’ai fait une erreur, je dois changer. »

Il se dit :« Celui qui est censé me protéger me fait peur. »

À ce moment‑là, son cerveau passe en mode survie. Et un cerveau en survie n’apprend pas. Il se protège!

Il apprend à :

  • se taire,

  • mentir,

  • cacher,

  • se soumettre ou exploser.

L’obéissance que vous obtenez est une obéissance sous contrainte, pas une construction intérieure.

 

Ce que vous reproduisez sans le vouloir

Soyons clairs :

Vous ne reproduisez pas parce que vous êtes mauvais. Vous reproduisez parce que c’est le seul modèle qu’on vous a transmis.

On ne vous a jamais appris à :

  • poser un cadre sans crier,

  • rester ferme sans écraser,

  • gérer un enfant en crise sans passer par la peur.

Alors, dans la fatigue, le stress, l’impuissance… le corps prend le relais.. Et le geste part.

 

« Si je ne tape pas, il va me marcher dessus »

C’est la peur centrale mais un  enfant qui obéit par peur :

  • n’intègre pas la règle,

  • n’apprend pas à se réguler,

  • n’apprend pas à respecter.

Il apprend juste à éviter la sanction.

 

Les phrases qu’on croit anodines… et qui humilient

La plupart des humiliations ne ressemblent pas à des insultes ouvertes. Elles prennent la forme de phrases dites sous le coup de la colère, parfois même avec l’idée de « remettre l’enfant à sa place ».

Voici des exemples de propos fréquemment entendus par les enfants :

  • « Arrête de pleurer, t’es pas une fille. »

  • « T’es vraiment nul, même ça t’en es pas capable. »

  • « Regarde ton frère, lui au moins il comprend. »

  • « Tu me fais honte. »

  • « Si tu continues, je te laisse ici. »

  • « T’es bête ou tu le fais exprès ? »

  • « Avec toi, on n’y arrivera jamais. »

  • « Quand tu fais ça, t’es vraiment un bon à rien. »

Pour un adulte, ce sont des mots. Pour un enfant, ce sont des vérités sur lui‑même.

Il n’a pas le recul pour se dire :

« Mon père est énervé, ce n’est pas vraiment moi le problème. »

Il entend plutôt :

« Je suis le problème. »

Et cette idée‑là s’imprime profondément.

Ce que ces humiliations construisent à long terme

Un enfant régulièrement rabaissé apprend à :

  • douter de sa valeur,

  • avoir honte de ses émotions,

  • se durcir ou s’effacer,

  • chercher l’approbation à tout prix… ou rejeter toute autorité.

Ce n’est pas de l’éducation. C’est une atteinte directe à l’estime de soi.

Être un père fort, aujourd’hui, c’est autre chose

La vraie force , c'est:

  • tenir une règle même quand l’enfant pleure,

  • rester présent quand il déborde,

  • dire non sans humilier,

  • accepter de ne pas savoir faire autrement… et apprendre.

Ça demande infiniment plus de courage que de lever la main.

Ce que votre enfant retiendra de vous

Votre enfant oubliera peut‑être certaines règles.

Mais il n’oubliera jamais :

  • s’il avait peur de vous,

  • s’il se sentait en sécurité dans vos bras,

  • s’il pouvait faire une erreur sans être rabaissé.

Vous avez le pouvoir de transmettre autre chose que ce que vous avez reçu.

Pas en étant parfait.

Mais en étant conscient.

 

Prenez quelques secondes. Revenez à l’enfant que vous étiez.

Ce que votre père croyait / Ce que vous avez ressenti

« C’est pour ton bien. »
« J’ai mal, mais je n’ai pas le droit de le dire. »

« Ça va te rendre fort. »
« Je dois me durcir pour ne plus rien sentir. »

« Chez moi, on ne pleure pas. »
« Mes émotions sont un problème. »

« Si je suis dur, c’est parce que je t’aime. »
« L’amour fait peur. »

Si ces phrases réveillent quelque chose, ce n’est pas un hasard.

Ce que vous ressentez aujourd’hui — colère, rigidité, silence, explosions — n’est pas une faiblesse. C’est la trace d’un enfant qui s’est adapté.

Et c’est précisément pour ça que vous pouvez faire autrement.

Votre enfant n’a pas besoin que vous gagniez le combat.

Il a besoin que vous gagniez la relation.

La manière forte ne fait pas des enfants forts. Elle fait des enfants silencieux, soumis… ou révoltés.

La vraie autorité construit. La violence, elle, laisse des traces.

La question n’est pas : « Est‑ce que ça a marché sur moi ? »

La question est : « Qu’est‑ce que je veux transmettre ? »

 

Et parfois, le geste le plus fort qu’un père puisse poser, ce n’est pas de corriger son enfant…
c’est d’oser être présent à ses côtés, même en séance, pour comprendre, réparer et construire autrement.

Je reçois les pères sans jugement, avec la conviction que chacun peut évoluer : en séance, nous travaillons ensemble pour poser un cadre plus solide, plus apaisé et plus sécurisant pour votre enfant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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