Frères et sœurs : Transformer la rivalité en complicité
Quoi de plus difficile pour un parent que de constater que ses enfants ne s'aiment pas, se battent, se jalousent et se comparent tout le temps ?
Pourtant, la science nous apporte une nouvelle rassurante : le cerveau de l'enfant est un "chantier" en pleine mutation. Ce que nous percevons comme de la méchanceté ou de la provocation est souvent le résultat d'une immaturité biologique du cortex préfrontal, la zone qui gère les impulsions, l'empathie et la patience.
Le concept du "Réservoir Affectif"
Avant de plonger dans les solutions, gardez en tête cette image du psychologue Lawrence Cohen : chaque enfant possède un réservoir affectif. Lorsqu'il est vide (fatigue, stress, manque d'attention), l'enfant n'a plus les ressources internes pour être gentil ou patient. Sa fratrie devient alors une cible ou un concurrent pour obtenir le "carburant" vital : votre regard. Remplir le réservoir individuellement est souvent la clé pour apaiser le climat collectivement.
Comment apaiser les tensions?
1. Libérez-les des étiquettes
Ne pas enfermer vos enfants dans des rôles (le "gentil", le "méchant", la "timide", la "fragile"). Le cerveau est d'une plasticité incroyable : si vous collez une étiquette à un enfant, ses circuits neuronaux finissent par s'y conformer par automatisme.
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L’astuce : Dès que l'occasion se présente, notez avec sincérité les petits détails qui les éloignent de leur étiquette habituelle. "J'ai vu comment tu as patiemment attendu ton tour,"
2. Déposez votre sifflet d'arbitre
Si vos enfants hurlent dès que vous arrivez, c'est parce qu'ils savent tous les deux que celui qui pleure le plus fort a 9 chances sur 10 de remporter le statut de victime et d'activer votre instinct de protection.
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L'approche : Ne cherchez pas le coupable. En punissant l'un, vous créez un sentiment d'injustice chez lui et une supériorité fragile chez l'autre. Restez neutre : vous êtes une ancre de calme, pas un juge.
3. De la punition à la résolution de problèmes
Quand il y a un problème, on trouve une solution. Cette phrase doit devenir votre unique jugement. Les disputes sont le "laboratoire" des relations sociales futures.: c'est là qu'il apprend à gérer le pouvoir, les limites et l'empathie.
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Le conseil : Stoppez la dispute, attendez que le cerveau émotionnel (l'amygdale) de chacun redescende en pression, puis cherchez ensemble des solutions. Passer du mode "C'est de ta faute" au mode "Comment on répare ?" muscle leurs fonctions exécutives (négociation, logique).
4. Autorisez-les à ne pas s'aimer
Cela est paradoxal et assez miraculeux : "Vous avez le droit de ne pas avoir envie de jouer ensemble, ce n'est pas toujours facile, mais vous n'êtes pas forcés de rester ensemble. En revanche, je ne veux pas de violence." * Pourquoi ça marche ? En validant l'émotion (la colère, l'agacement), vous diminuez le besoin de l'exprimer par l'agressivité. On ne commande pas un sentiment, mais on encadre le comportement.
5. L'équité plutôt que l'égalité
N'essayez jamais d'être "juste" au sens mathématique. En cherchant à faire strictement pareil, vous alimentez la calculette mentale de vos enfants.
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La règle d'or : Demandez-leur d'arrêter de compter les frites et d'apprendre à écouter leur propre estomac ! Répondez au besoin spécifique de chacun : si vous faites un cadeau à l'un, c'est peut-être que vous avez passé plus de temps à écouter l'autre qui vous fait rire.
6. Eviter les comparaisons même favorables. Lorsque vous vous adressez à votre enfant, parlez lui de sa personne sans mentionner ses frères et soeurs. "Super Paul, tu as rangé ta chambre! ça n'est pas ton frère qui ferait ça". Ce commentaire, qu'on a tous fait mille fois sans y prêter attention, alimente énormément la rivalité. L'enfant qui reçoit cette remarque pourtant gentille, sent qu'on peut vous plaire ou vous déplaire, que l'on peut marquer des points à vos yeux et donc en perdre... "Est ce que maman parle de moi comme ça quand je suis pas avec eux?"
7. Le pouvoir de la "Co-régulation"
Gardez en tête qu'on ne raisonne pas les émotions d'un enfant de moins de 7 ans (son cerveau n'est pas "câblé" pour ça).
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La méthode : Accueillez l'émotion, nommez-la et accompagnez vers le bon comportement. En restant calme, vos neurones miroirs aident l'enfant à s'apaiser. C'est ce qu'on appelle la co-régulation.
8. Célébrez leur spécificité
Si vous sentez qu'un enfant souffre, admettez la réalité. "C'est vrai que ton frère m'impressionne avec ses résultats en sport, je trouve ça incroyable parce que je suis nulle. Toi et moi, notre truc c'est le cinéma, rigoler ensemble, et nos sushis." Reconnaître sa jalousie sans la juger est le premier pas pour qu'elle s'estompe.
9. Le "Tête-à-tête" : Un carburant indispensable
Ne faites pas toujours tout ensemble. Le week-end, séparez-vous ponctuellement.
L’écart d’âge génère souvent des tensions car il crée un décalage entre les stades de développement : là où le jeune enfant agit par impulsion et besoin d'exploration, le plus grand cherche à affirmer son autonomie et à protéger son espace, provoquant un choc entre deux réalités neurologiques et émotionnelles totalement différentes.
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L'intérêt : Ces moments privilégiés répondent à leur besoin d'attention. Les plus grands sont ravis de ne pas avoir "les petits dans les pattes" et les rapports s'apaisent naturellement lors des retrouvailles puisque la compétition pour votre regard a disparu.
FAQ : Les questions de parents
"Dois-je intervenir si la bagarre devient physique ?" Oui, absolument. La sécurité est la priorité. Intervenez physiquement pour les séparer sans prendre parti : "Je ne vous laisserai pas vous faire du mal. On se sépare le temps que le calme revienne." On ne cherche à résoudre le problème qu'une fois que la tension est redescendue.
"Mes enfants ont des caractères opposés, est-ce sans espoir ?" Non. Les caractéristiques individuelles expliquent que certains tempéraments sont plus "impulsifs" que d'autres. C’est aussi vrai entre adultes ! L'objectif n'est pas qu'ils deviennent meilleurs amis tout de suite, mais qu'ils apprennent à cohabiter sans violence en respectant leurs différences.
"Pourquoi est-ce que ça m'énerve autant quand ils se disputent ?" Il est normal que nos réactions soient animées par la place que nous occupions enfant. Par exemple, un parent qui a été un benjamin "écrasé" aura tendance à surprotéger systématiquement son plus petit. Prendre conscience de ces vieux réflexes aide à ne plus agir par automatisme.
Apprendre à ses enfants à se disputer sans se détruire, c'est aussi leur offrir le meilleur bouclier contre le harcèlement scolaire et les violences, y compris sexuelles. La fratrie est le premier lieu où s'expérimente la notion de consentement et de limites corporelles. ( j'y reviendrai prochainement dans un futur article)
Chaque enfant est un monde à part et chaque dynamique familiale est unique. Il sera important de commencer par apprécier les améliorations, même minimes !
Si vous vous sentez épuisé(e) par ces tensions, une consultation permettra de faire le point sur vos besoins et de vous fournir des outils pratiques sur mesure à mettre en place à la maison pour retrouver la sérénité.